Édito › Droit

Peut-on vraiment donner n'importe quel prénom ?

La liberté du choix du prénom en France est large, mais pas totale. Les tribunaux peuvent refuser un prénom contraire à l'intérêt de l'enfant. Voici ce que dit la loi, les cas réels refusés, et ce que vous pouvez donner à votre enfant.

Quelle est la loi sur les prénoms en France ?

En France, la loi du 8 janvier 1993 a libéralisé le choix des prénoms. Avant cette loi, seuls les prénoms figurant dans les almanachs ou les prénoms étrangers avérés étaient autorisés. Depuis 1993, les parents peuvent choisir librement le ou les prénoms de leur enfant.

Cependant, cette liberté a une limite : l'officier d'état civil peut saisir le procureur de la République si le prénom lui semble contraire à l'intérêt de l'enfant ou aux droits des tiers. Le juge aux affaires familiales tranche alors.

Le critère légal : l'intérêt de l'enfant

La notion d'intérêt de l'enfant est subjective, mais les tribunaux l'ont précisée à travers des décisions. Un prénom peut être refusé s'il est :

  • Susceptible de le ridiculiser ou de l'exposer à des moqueries tout au long de sa vie
  • Attentatoire à sa dignité
  • Contraire aux droits des tiers (usurpation d'un nom protégé, par exemple)
  • Un prénom à consonance péjorative ou grossière

En revanche, un prénom inhabituel, étranger ou original n'est pas interdit en soi s'il ne remplit pas les critères ci-dessus.

Exemples de prénoms refusés par les tribunaux français

Ces refus sont documentés dans des décisions judiciaires rendues publiques. Ils donnent une idée de ce que les tribunaux considèrent contraire à l'intérêt de l'enfant.

Prénom refuséMotif du refusDécision
Jihad Susceptible d'exposer l'enfant à des difficultés sociales TGI Toulouse, 2013
Titeuf Prénom tiré d'un personnage de BD comique, nuisible à la dignité TGI Pontoise, 2000
Nutella Marque commerciale, préjudiciable à l'enfant TGI Valenciennes, 2015
Mini Cooper Marque de voiture, attentatoire à la dignité Divers
Fraise Susceptible de ridiculiser l'enfant CA Versailles, 2005
Cendrillon Personnage de fiction, préjudiciable Divers
Prince William Usurpation d'un prénom royal protégé Divers

Ce qui est autorisé en France

La liberté reste très large. Sont autorisés :

  • Tous les prénoms étrangers, quelle que soit la langue d'origine
  • Les prénoms avec tirets (Jean-Baptiste, Marie-Pierre) ou sans
  • Les prénoms épicènes (mixtes) : Camille, Alex, Sacha
  • Les prénoms anciens, historiques ou peu usités
  • Les prénoms inventés, à condition qu'ils ne soient pas ridicules ou grossiers
  • Les prénoms régionaux (bretons, basques, alsaciens...)
  • Un prénom unique (contrairement à certains pays qui l'interdisent)

Bon à savoir : En France, un enfant peut porter jusqu'à une douzaine de prénoms à l'état civil, bien que seul le premier prénommé serve au quotidien. La tradition des prénoms multiples est ancienne (héritage catholique des saints patrons).

Le cas des accents et caractères spéciaux

Depuis un arrêt de la Cour de cassation de 1992, les officiers d'état civil français refusaient les prénoms avec des tirets du bas, des trémas «ÿ» ou des caractères inhabituels comme «æ». Ces règles ont été assouplies progressivement. Aujourd'hui, les caractères accentués usuels du français sont tous acceptés. Les prénoms bretons avec des points de nasalisation (Ronan, Gwennaëlle) sont admis.

Faut-il anticiper le refus ?

Si vous envisagez un prénom original ou inhabituel, vous pouvez contacter au préalable la mairie où vous déclarerez votre enfant pour avoir un avis informel. L'officier d'état civil ne peut pas refuser directement : il doit passer par le procureur. En pratique, la grande majorité des prénoms insolites sont enregistrés sans problème.

Si un prénom est finalement refusé par le juge, les parents doivent en choisir un autre. Il n'y a pas de sanction pour les parents. La procédure prend généralement quelques semaines.